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Beirut, 1983: the event that inspired L'Ombre de Beyrouth
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Beirut, 1983: the event that inspired L'Ombre de Beyrouth

Lorsque j'ai commencé l'écriture de L'Ombre de Beyrouth, je ne suis pas parti d'une idée de roman.

Je suis parti d'un souvenir.

En octobre 1983, j'avais dix-neuf ans. Comme beaucoup de Français de ma génération, j'ai été marqué au fer rouge par les images venues du Liban. Un pays plongé dans une guerre civile où se mêlaient intérêts régionaux, fractures religieuses, interventions étrangères et les calculs froids de la Guerre froide.

Puis survint l'attentat du Drakkar.

Le 23 octobre 1983, un camion piégé détruisait l'immeuble Drakkar à Beyrouth, où étaient stationnés des parachutistes français de la Force Multinationale de Sécurité. Cinquante-huit soldats français perdaient la vie en quelques secondes. Un camion Mercedes jaune. Quatre cent quarante kilos d'explosifs. Et un matin qui ressemblait encore à tous les autres.

Ces images n'ont pas été, pour ma génération, de simples informations vues au journal télévisé.

C'étaient des militaires français. Des hommes engagés loin de chez eux. Frappés en plein cœur d'une mission dont beaucoup découvraient l'existence ce jour-là.

Plus de quarante ans ont passé. Le souvenir, lui, n'a pas bougé.

C'est pour cette raison, entre autres, que j'ai choisi Beyrouth comme décor du premier roman de la série Section Omega. Mais je ne voulais pas raconter l'attentat. D'autres l'ont fait, mieux que je ne pourrais jamais le faire. Je voulais raconter ce qui l'entourait. Ce que l'on ne voit pas. Ce que l'on ne raconte pas.

Car le Liban de 1983 n'était pas seulement un champ de bataille.

C'était l'un des carrefours les plus intenses du renseignement mondial. Services occidentaux, bloc soviétique, organisations clandestines, réseaux locaux, diplomates sous couverture : tout le monde était là, dans la même ville en feu, à jouer une partie dont les règles changeaient à chaque heure.

C'est dans cet environnement qu'évolue Erwan Le Garrec.

À travers son regard, j'ai voulu restituer l'atmosphère de cette époque : les loyautés incertaines, les manipulations invisibles, et cette sensation que derrière chaque événement public se joue une autre partie, beaucoup plus discrète, beaucoup plus dangereuse.

L'Ombre de Beyrouth est un roman de fiction. Khaled Al-Husseini n'existe pas. Erwan Le Garrec non plus.

Mais son décor, son ambiance, et l'urgence qui traverse chaque page trouvent leur source dans une réalité bien documentée.

Une période qui a laissé une empreinte durable dans la mémoire collective française.

Et dans la mienne.

Yves Meilleur